"...
Autrefois il était un grand copain pour lui.
Il s'éveillait le matin et sautait hors du lit
en retrouvant son corps et ses vieilles pensées.
Il aimait bien sortir s'exposant à la pluie
ou au soleil, il jouissait du spectacle des rues
ou des conversations nouées à l'improviste. Il croyait
qu'il saurait commencer chaque matin nouveau
en changeant de métier jusqu'au dernier jour.
Après un dur travail, il s'asseyait et fumait.
Son plaisir le plus fort, c'était de rester seul.
Mon ami a vieilli et voudrait un foyer
auquel être attaché, et sortir dans la nuit,
s'arrêter sur l'avenue pour regarder la lune,
mais trouver en rentrant une femme docile,
une femme tranquille, attendant patiemment.
Mon ami a vieilli et ne se suffit plus.
Les passants, ce sont toujours les mêmes; le soleil
lui aussi et la pluie sont les mêmes; le matin, un désert.
Travailler, ça ne vaut pas la peine. Et sortir voir la lune,
si personne ne l'attend, ça ne vaut pas la peine.
("Habitudes")