“PÉTITION” POUR LA TENUE
D’ASSISES DE LA MOUVANCE NATIONALE
Parce qu’il faut en finir avec la langue de bois et ne s’attacher qu’aux faits, s’il est un événement politique majeur en cet automne 2007, c’est bien l’appel à la tenue d’assises de la
mouvance nationale lancé par La Nation Française.net “dans l’ombre tutélaire de Pierre Boutang”. Un événement politique majeur, en effet, parce que dans l’asthénie générale de vie politique
nationale cet appel à se rencontrer adressé à tous ceux qui n’ont jamais accepté la moindre compromission avec les forces du renoncement est une lueur d’espoir. Au moment même où les peuples
d’Europe consternés apprennent que Nicolas Sarkozy en personne, qui se flatte d’être le père du traité constitutionnel-bis, avoue avec cynisme que le 29 mai 2005, “La France n’était qu’en avance
sur les autres pays dans son vote pour le non. La même chose arriverait dans tous les Etats membres si un référendum y était organisé”, car “il y a un gouffre entre les peuples et les
gouvernements” - déclaration à un groupe de parlementaires européens reprise dans le Daily Telegraph -, comment ne pas voir qu’il appelle lui-même les Français à combler ce gouffre ? Oui, la
mouvance nationale doit se rencontrer, discuter, se fédérer pour agir... et vaincre. Ce qui la changera de plus d’un siècle ou presque d’échecs consécutifs.
Mais parce que l’esthétisme en politique, autre nom du désespoir, est une faute gravissime en plus d’une sottise absolue, lorsque l’existence même de la nation est en jeu - ce qui est le cas
aujourd’hui avec cette tentative d’adoption forcée du traité européen -, l’accumulation séculaire de nos échecs doit nous inciter à redoubler d’efforts du fait que, paradoxalement, la situation
n’a jamais été aussi favorable ! Voilà cinq ans que les frémissements d’un retour au national se font sentir : au risque de choquer certains - mais il convient de dépasser tous préjugés - , je
livrerai pêle-mêle la candidature de rassemblement - avorté - de Jean-Pierre Chevènement en 2002, la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen à cette même élection présidentielle, la victoire
transpartite du non au référendum de 2005, la campagne électorale de 2007, de Royal comme de Sarkozy, où l’Europe, comme en 2002, fut pestiférée, la victoire elle-même de Sarkozy en ce qu’elle
fut une imposture entraînant l’échec - et non l’effondrement - du même Jean-Marie Le Pen. Les Français, en fonction de l’offre qui leur est présentée, cherchent manifestement le moyen de refuser
l’avenir européen qu’on leur prépare, cette administration des choses - dont font désormais parti le salarié ou le chômeur - en lieu et place d’un gouvernement politiques des hommes - fondant
toute citoyenneté.
Le Non de mai 2005 portait présence et absence de ce retour à la nation - et de ce besoin de politique, intimement liés : présence, parce qu’il a été le premier rejet explicite de la part de la
majorité des Français, toutes traditions confondues, d’un supranationalité dont la vérité éclatait enfin en plein jour, celle de la soumission des peuples à la mondialisation ; présence encore
parce que ce Non, qui a été, le plus souvent, à droite comme à gauche, de droite et de gauche, a révélé le lien intime existant entre la défense de la nation et celle de la justice sociale.
Jamais depuis la fin du XIXe siècle, les Français n’ont compris à ce point que la nation demeure le seul lieu où se joue leur avenir ; absence, toutefois, parce que les porte-parole de ce non ne
se sont pas montrés à la hauteur de cette dynamique nationale et populaire pour la seule et unique raison que leur hétérogénéité n’était que le reflet du caractère hétéroclite de leurs
motivations. Entre un Fabius, père de l’euro pour la France, libéral et fédéraliste européen, faisant le pari - perdu - de s’emparer du PS à la faveur du référendum, un Le Pen relativement
discret qui n’a pas quitté sa posture populiste d’arrière-garde, un parti communiste fidèle à lui-même dans sa sclérose et une extrême gauche dont le populisme trotskiste était évidemment
étrangère à la problématique nationale, il n’a pas été possible de constituer, pour les tenants de la tradition nationale et populaire, une dynamique politique, ce que les partisans du traité
n’ont pas manqué de relever et de répéter jusqu’à plus soif.
Aujourd’hui la situation est différente : disons qu’elle a mûri. En effet, le masque est rapidement tombé et Sarkozy présente désormais aux Français son vrai visage : celui de l’imposture. Du
reste la question européenne y a été pour beaucoup. Car si l’UMP a beau jeu de rappeler que le Président de la République ne fait que tenir une promesse électorale en refusant la tenue d’un
nouveau référendum, elle oublie de dire l’essentiel, dont les Français sont aujourd’hui informés : c’est que Sarkozy avait parlé de l’adoption d’un mini-traité purement technique - c’est-à-dire
incolore et inodore aux yeux de l’opinion publique - et non de celle du traité constitutionnel lui-même à peine revisité, ce qui constitue évidemment une forfaiture. Le Parti socialiste, toutes
tendances confondues, avait là la possibilité de se refaire sinon une virginité, du moins une figure présentable en exigeant un référendum - comme l’avait réclamé Ségolène Royal durant la
campagne. C’était sans compter sur son nombrilisme suicidaire - dont peu nous chaut - et surtout sur sa profonde tradition européiste et néo-saintsimoniste, héritée de Blum et de Guy Mollet et
réactivée par Mitterrand. Parti internationaliste plus préoccupé de ne pas déplaire à la social-démocratie européenne qu’à son électorat majoritairement défavorable au traité, engagé dans une
crise d’identité qui n’est que la conséquence de sa fermeture aux évolutions du monde contemporain auxquelles il n’a su répondre qu’en capitulant en rase campagne devant les valeurs du
néolibéralisme - un autre internationalisme -, le Parti socialiste - comme du reste François Bayrou qui a perdu là aussi une occasion de montrer qu’il était un homme de convictions - s’est
discrédité auprès des Français, du moins de ceux qui appartiennent à la gauche nationale.
Quant au Front national, il s’agit d’éviter de commettre à son endroit une double erreur : de croire que c’en est fini de lui et de s’en réjouir abusivement.
Laissons à d’autres - et d’abord à lui-même - une diabolisation à laquelle son chef a largement contribué. Au début des années 80, Le Pen avait devant lui un boulevard qu’il a consciencieusement
et méthodiquement fermé de ses propres provocations comme de son incapacité à fédérer une tradition qu’il a caricaturée faute d’avoir compris que les Français attendaient un rassembleur et non un
simple tribun. Toutefois, ce serait faire un trop grand honneur au chef du Front que de l’accuser d’avoir discrédité quoi que ce soit de la cause nationale, car ce serait du même coup insulter
toutes les Françaises et tous les Français - des millions, faut-il le rappeler, parmi les plus fragiles de nos compatriotes - dont il a stérilisé la protestation légitime. Laissons ce discours à
ceux-là mêmes qui tout aussi méthodiquement, depuis ce même début des années 80, organisent sans rencontrer d’obstacles sérieux - le non de mai 2005 sera bientôt détourné - les étapes du
renoncement national. Quant à penser que c’en est fini du Front, les échecs répétés de la présidentielle et des législatives - que ne confirment pas, au contraire, les partielles qui se déroulent
depuis cinq mois - ne doivent pas faire illusion. Le Front national ne pourra que rebondir lorsque l’imposture du sarkozysme aura définitivement été percée à jour, surtout si la gauche continue
de se décomposer, à l’exception de l’extrême-gauche populiste ; et si la mouvance nationale rate ce rendez-vous historique.
D’où notre responsabilité, qui tient notamment dans la tenue d’assises d’une mouvance QUI NE DEVRA EXCLURE PERSONNE du fait qu’elle se définira d’elle-même, d’abord évidemment autour d’un refus -
celle de l’Europe néolibérale et supranationale -, mais également d’un projet qui ne peut consister que dans une France forte, solidaire, désireuse de maîtriser autant qu’elle le peut sa
politique sur les plans diplomatique, militaire, social et économique - notamment en matière énergétique - et capable d’assurer, sur tout son territoire, les conditions de la justice sociale et
d’un réel choix de vie. En deux mots : Nation et Progrès. En dehors de toute idéologie, dans la tradition nationale du pragmatisme patriotique, qui fut celui de nos rois et d’une certaine
tradition républicaine, ce projet doit reposer tout d’abord sur l’exigence tranquillement revendiquée de renégocier à terme les traités existants avec pour objectif premier de permettre au peuple
français de recouvrer la maîtrise de son destin, c’est-à-dire, tout simplement, la voie du politique. Pour que l’exigence nationale et populaire ne soit pas de nouveau confisquée, voire
caricaturée, mais puisse représenter demain, face aux crises qui se dessinent, la seule alternative crédible de salut public, il faut effectivement prendre date et appeler chacun - organisations
partageant les mêmes préoccupations et citoyens actifs - à ses responsabilités. C’est à cette seule condition que nous pourrons concourir à l’émergence d’un vrai rassemblement ni nationaliste ni
populiste au sens étroit des termes mais intégralement dévoué à manifester son attachement aux souverainetés nationale et populaire qui, sans se confondre, sont intimement solidaires face à
Bruxelles et à l’oligarchie.
Nous devons alors prendre date en travaillant tous ensemble à un manifeste qui soit la charte du renouveau national et politique, condition indispensable pour
recouvrer notre indépendance, manifeste que nous pourrons opposer, selon les modalités de la vie politique, aux tenants du renoncement national et de la soumission à une mondialisation qui signe
la disparition de nos libertés essentielles - la première de toutes étant celle de vivre dans un pays libre. Travaillons-y ! Parlons-en autour de nous ! Engageons-y nos amis et les responsables
des organisations auxquelles nous appartenons, par-delà toute mesquinerie aussi partisane que nuisible à la cause commune. Groupes de travail informels ou constitués, propositions individuelles
ou collectives, l’engagement de chacun pourra prendre toutes formes. Mais il s’agit aujourd’hui de lancer la pétition - au sens vrai du terme - pour la tenue d’assises de la mouvance nationale
qui devront être l’acte de naissance de la reconquête de nos libertés. “Les temps qui viennent, écrivent avec raison Charles Chepfer et l’équipe de La Nation française.net, nécessitent ce travail
d’éclaireur. Indispensable et salutaire.”
Axel Tisserand
(source La Nation Française)