Je ne connais pas personnellement meilleur auteur que Pierre Vidal-Naquet pour acquérir quelques connaissances sur la communauté juive de France. Finalement si j'utilise ce terme de communauté c'est pour rendre compte de la fêlure introduite par la politique criminelle de Pétain dont on peut dire qu'elle a reconstruite un sentiment, à vif, d'identité que la politique d'assimilation initiée par la république et Louis-Philippe avait commencer de gommer. Monsieur Vidal-Naquet dans l'analyse qu'il conduit du comportement du capitaine Dreyfus en montre admirablement les ressorts, car celui-ci ne se revendiqua jamais d'un autre titre que de celui de citoyen. Marc Bloch incontestablement appartient à la même veine, un soldat et un resistant français :
"Attaché à ma patrie par une tradition familiale déjà longue, nourri de son héritage spirituel et de son histoire, incapable en vérité d'en concevoir une autre où je puisse respirer à l'aise, je l'ai beaucoup aimée et servie de toute mes forces. Je n'ai jamais éprouvé que ma qualité de juif mît à ces sentiments le moindre obstacle. Au cours des deux guerres, il ne m'a pas été donné de mourir pour la France. Du moins, puis je, en toute sincérité, me rendre ce témoignage : je meurs comme j'ai vécu, en bon Français." Marc BLOCH, Testament 1941.
Mort pour la France !

Ce patriotisme que souligne l'article de A. Odier dans "Les Epées" (numéro 20) :
"A bien des égards, Marc Bloch, né en 1886, apparaît comme l'apôtre de valeurs aujourd'hui mises au rebut de la conscience française.
Le décalage que l'on observe entre sa pensée et l'opinion de ceux qui essaient d'en faire une référence pour les combats idéologiques d'aujoud'hui est d'autant plus criant qu'une des seules convictions profondes de ce grand universitaire français, infiniment modéré en politique et entièrement détaché du judaisme de ses ancêtres alsaciens, semble avoir été le patriotisme.
Son attachement à la France, loin d'avoir été affaibli par les souffrances et les humiliations qui s'attachaient à son statut sous l'Occupation, s'exprime pleinement dans les ouvrages qu'il rédige durant la période qui précéda immédiatement son engagement dans la résistance. "
En parallèle, un thème essentiel et d'actualité s'impose, l'assimilation et non "l'intégration", Vidal-Naquet après le rappel de l'oeuvre de la révolution francaise (1791) évoque plus longuement celle plus décisive à ses yeux du Roi LOUIS-PHILIPPE et de conclure :
"Cette évocation de la France de Louis-Philippe était indispensable, parce que seule elle permet de comprendre à quelle France, à la France des notables, se sont assimilés la plupart des Juifs, cette commnauté de commerçants et d'artisans qui allaient devenir une communauté bourgeoise.." (a, p83)
C'est aussi une belle leçon pour les royalistes d'aujourd'hui.
Pour les royalistes et pas seulement. Au delà de la fêlure évoquée nous découvrons le dialogue polémique qui oppose Finkielkraut et Brauman.

Le premier, enseignant, habitué des médias et des plateaux télé, est connu de tous. Rony Brauman mérite que l'on souligne une oeuvre exemplaire, la réalisation avec Eyal Sivan du film documentaire "Un spécialiste" réalisé sur le procès Eichmann et inspiré par l'oeuvre de H. Arendt. Nous sommes loin des artifices intellectuels, dans les entretiens que recèle le DVD, Monsieur Brauman interroge sa pratique de médecin humanitaire, douloureux.

Quand à la polémique sur le sionisme, admettons que la construction de l'Etat d'Israel répondait à une logique qui pour l'essentiel échappait a des populations heureuses de trouver là un refuge, comme elle echappait également au sionisme qui ne fut jamais qu'un nationalisme commun.
Il restait à forger une identité à des populations disparates et parfois hostiles, il y a vint ans j'écrivais à ce propos "Israel ou le retour en Egypte", un retour tout symbolique en esclavage qu'illustre encore la "névrose archéologique".
Pierre VIDAL NAQUET "Les juifs, la mémoire et le présent" (I° volume) PCM 1981, (2° volume) La Découverte 1991